viernes, 21 de marzo de 2008

...D'avoir véçu le cul dans l'herbe tendre


La forteresse (paranoïa I )
La 5e colonne (paranoïa II )
Le cul dans l'herbe tendre...
et rythmée par le Syndrome du Désert des Tartares

La forteresse correspond à une période de construction physique. Il faut construire le corps au moyen d'un entraînement rigoureux, accumuler les techniques. Fondations profondes, murs épais et solides, rien n'est laissé au hasard, chaque détail est élaboré en fonction de son intérêt défensif et de sa valeur stratégique. Gare aux châteaux de cartes ou de sable ! .
. Il est tentant de s'attacher à un chef-d'œuvre de l'art militaire aussi soigneusement bâti. Allez donc voir le château de Salses ! Planification totale contre « l'autre »!
Il est évident que cette étape de fortification n'est pas et ne peut pas être une étape de libération, qu'elle se construit contre le monde par prise de conscience de la dualité « moi/monde ».
L'adversaire, celui qui est en face, me saisit, m'attaque... je me défends... Il n'y a pas moyen d'y échapper quelque soit le discours. Ceci n'en est pas moins caractéristique de la paranoïa sous sa forme bénigne: le monde extérieur est agression.
À ce niveau, même des tensions sont induites par le discours ambiant sur l'harmonie qui ne cadre pas et cela est normal avec des techniques qui fonctionnent de toute évidence en réaction à une attaque, un adversaire. Il ne peut en être autrement et prétendre le contraire c'est se mentir á soi même, il n'y a rien de plus idiot ni de plus dangereux pour tout développement futur.
Le problème est plus grave encore pour les gens physiquement « doués » qui peuvent être amenés à croire qu'ils ont déjà atteint la maîtrise alors qu'ils en sont encore au maniement d'armes.
Cet aspect physique du travail est doublé dès le premier jour par un travail sur les émotions auquel on s'attarde moins car il est simplement mois visible, mois évident. La relation physique directe à l'autre ou à la Terre déclenche automatiquement des émotions puissantes et très profondes de peur, d'angoisse, d'agressivité etc. ... que notre culture tend à occulter, ou pire sans doute, à considérer comme émotions négatives. Le simple fait d'être saisi et de ne pouvoir s'en sortir est anxiogène, sinon tout un chacun, sans entraînement préalable, pourrait rester décontracté sans être affecté par l'agression. Il en est de même des chutes... La Terre fait peur (et parfois mal) !
Pourtant un guerrier sans peur est un guerrier mort ! Il n'est rien de plus inutile sauf pour remplir les cimetières militaires... La peur, l'agressivité etc. ... sont des émotions indispensables à la vie. La question, une fois de plus, est d'apprendre à les reconnaître puis à travailler avec et non contre. La peur qui vous conseille de vous écarter du chemin d'un camion est bonne conseillère, celle qui vous incite à fermer les yeux pour ne plus le voir est assassine. Dans le premier cas il y a communication avec l'émotion, dans l'autre invasion, débordement, perte de contrôle et surtout de liberté mais cela reste la même émotion fondamentale.
Ce double travail physique et émotionnel est la nature même de la forteresse.
Si tout se passe pour le mieux un jour vient où l'on est amené à se poser la question: « Pour quoi faire ? »
En effet, je crois que la proportion de ceux qui ont été amenés à se servir de techniques d'Aïkido dans leur vie quotidienne est infime. (Je ne dispose d'aucune statistique...) Il est clair que l'enfermement ne nuit qu'à soi même et qu'aucun ennemi assoiffé de sang ne mugit dans nos campagnes...
C'est le syndrome du Désert des Tartares !
Le doute s'insinue, tout cela n'aurait-il servit à rien ? Ces beaux murs dont je suis si fier sont-ils inutiles? Ma belle forteresse un monument absurde dressé contre le vide ?
Ce questionnement en pousse beaucoup à l'abandon... Certains s'enferment résolument dans d'aveugles certitudes, d'autres, que le doute a miné plus profondément, se mettent à la recherche d'un nouvel ennemi... Si rien ne vient de l'extérieur, il faut bien qu'il y ait à l'intérieur de ma belle forteresse un ennemi intérieur, une cinquième colonne, un ennemi bien plus insidieux, dangereux, traître invisible !
Son nom est connu de tous : « Ego » ou la bête malfaisante... Et voici notre châtelain parti à la chasse à l'ego avec le même enthousiasme qu'il mettait à veiller aux Marches de l'empire... Le bougre est bien dissimulé, la forteresse regorge de nombreuses caches, oubliettes, caves, sous terrains, passages secrets, coins d'ombre... Là, pas de rutilante cavalerie, sons de trompe, vains rêves de gloire, non. Il faut ramper silencieusement dans la boue froide des galeries obscures...C'est une quête longue et pénible qui use la patience et qui correspond à une forme plus avancée de la paranoïa. L'ennemi n'est plus seulement extérieur, il est partout monde/moi, tout est ennemi, cette pression est énorme... Il est loisible de trier tous les grains de poussière mais aucun ne dissimule l'ego... Avec le temps le syndrome du désert des Tartares revient en force... aucun ennemi extérieur ne s'est jamais manifesté, aucun ennemi intérieur ne se manifeste... et le doute s'insinue, plus terrible, plus dévastateur. Le doute est comme une énigme à la croisée des chemins... Je ne peux quand même pas m'être trompé à ce point ... il faut que je continue à tout prix. L'attachement au moyen que représente la forteresse comme au travail accompli, au chemin parcouru à la chasse à l'ego est un piège redoutable. Le danger est de s'enfermer soi-même et pour toujours devenant tout à la fois son propre gardien et son propre prisonnier.
D'un autre coté s'ouvre la voie nihiliste de l'abandon...
Mais si vraiment tout ceci ne servait à rien, ne menait à rien ? S'il n'y avait pas d'ennemi ? Si le monde n'était pas contre moi ? S'il n'y avait pas non plus d'ennemi intérieur ? Si l'ego n'était rien d'autre qu'une modalité d'expression de l'être, une autre forme d'émotion utile ou néfaste suivant l'usage qu'on en fait ? Si l'ego ne s'était transformé en ennemi que du fait de projections mentales fantasmatiques ?
C'est alors que retentit un formidable éclat de rire : démantelons les murs !
Allons profiter du soleil enfin revenu, un verre de vin à la main et le cul dans l'herbe tendre... dans un monde apaisé.
Le cycle du guerrier est accompli.
Afin d'éviter d'avoir à y revenir, il me semble utile de préciser que ce processus n'est pas linéaire et que ces étapes n'en sont pas vraiment. La construction de la forteresse et la chasse à l'ego ne s'excluent pas et les deux se mélangent le plus souvent. Il n'en reste pas moins que le cheminement se fait en plongeant dans le monde et son activité et non en prétendant à son inexistence où en s'en retirant. N'oublions pas non plus qu'avant qu'un éclat de rire ne disperse l'ombre des murailles l'ego a été longuement renforcée qui explique les comportements aux antipodes de l'harmonie que tous peuvent constater chez les pratiquants les plus avancés et par là même les plus exposés aux pièges de la voie. Si l'on se retrouve un jour le cul dans dans l'herbe tendre cela ne peut résulter que de l'expérience et non du discours.

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